Le GPS est devenu un réflexe. On plante son téléphone dans la poche de la veste, on ouvre l'appli et on suit la trace sans vraiment regarder où on met les pieds. Ça fonctionne, jusqu'au moment où ça ne fonctionne plus. Une batterie vidée par le froid, un téléphone tombé dans un ruisseau, un signal satellitaire bloqué par un relief encaissé : en montagne, la panne numérique arrive plus souvent qu'on ne le pense. Une boussole magnétique, elle, ne tombe pas en panne. Apprendre à t'en servir est l'un des investissements les plus utiles que tu puisses faire avant de repartir en altitude.
Pourquoi le GPS n'est pas fiable en montagne
La batterie est le premier problème. Les smartphones utilisent des accumulateurs lithium-ion qui perdent jusqu'à 40 % de leur capacité dès que la température descend sous zéro. Sur un terrain exposé ou lors d'une sortie printanière où la météo peut changer vite, le téléphone peut s'éteindre bien avant la fin de la journée.
Les GPS dédiés (montres de trail, récepteurs de randonnée) sont plus robustes, mais pas invulnérables. Un choc sur un rocher, une immersion accidentelle, une mise à jour ratée : ces appareils tombent aussi en panne. Enfin, les zones encaissées comme les gorges et certains fonds de vallée offrent une réception satellitaire dégradée qui peut induire des erreurs de positionnement de plusieurs dizaines de mètres.
Quelle boussole choisir

Pour la randonnée, la boussole à plaquette (aussi appelée boussole à semelle) est le standard. Elle combine une aiguille aimantée dans une capsule liquide (ce liquide amortit les oscillations de l'aiguille) et une semelle transparente graduée qu'on pose directement sur la carte pour travailler.
Quelques critères concrets :
- La capsule doit être entièrement remplie de liquide. Une bulle d'air visible signale une boussole dégradée, à remplacer.
- Les graduations en degrés (0 à 360) sont plus pratiques que les millièmes pour les usages civils.
- Un miroir d'alignement améliore la précision sur les relèvements lointains, sans être indispensable pour débuter.
- Les marques Silva, Suunto et Brunton dominent ce marché depuis des décennies et proposent des modèles fiables à partir d'une vingtaine d'euros.
- Pour les sorties hivernales ou les itinéraires engagés, préfère un modèle avec graduations à 2 degrés plutôt qu'à 5 degrés.
Évite les mini-boussoles intégrées dans des couteaux suisses ou des porte-clés : leur précision est insuffisante pour naviguer en sécurité sur le terrain.
Orienter sa carte
Avant toute manipulation, la carte doit être orientée, c'est-à-dire physiquement alignée avec le terrain réel. Pose-la à plat sur une surface stable, à l'écart de tout objet métallique (les masses métalliques dévient l'aiguille). Place la semelle de la boussole parallèle à un méridien de la grille de la carte. Tourne l'ensemble, carte et boussole solidaires, jusqu'à ce que l'aiguille rouge pointe vers le N de la capsule. Ta carte est orientée.
La déclinaison magnétique (l'écart entre le nord magnétique et le nord géographique) est faible en France métropolitaine, environ 1 à 3 degrés selon l'année et la région. Pour une rando courte en terrain bien visible, tu peux l'ignorer. Pour un itinéraire long par mauvaise visibilité, elle mérite d'être prise en compte : les cartes IGN récentes l'indiquent dans leur cartouche.
Prendre un relèvement et trianguler
Un relèvement te donne la direction exacte d'un point identifiable depuis ta position. La procédure est simple :
- Identifie un sommet ou un relief visible à l'œil nu et repère-le sur ta carte.
- Tiens la boussole horizontalement, semelle pointée vers cet objectif.
- Sans déplacer la semelle, tourne la capsule jusqu'à ce que la flèche nord encadre l'aiguille rouge. Lis l'azimut indiqué.
- Sur ta carte orientée, trace une ligne depuis ce point selon l'azimut inversé (azimut moins 180 degrés, ou semelle retournée). Ta position se trouve quelque part sur cette ligne.
Répète l'opération depuis un second point visible et distinct. L'intersection des deux lignes est ta position : c'est la triangulation. Deux relèvements suffisent, un troisième permet de vérifier.
Situations concrètes en Haute-Savoie
La boussole ne sert pas tous les week-ends, mais quand elle sert, elle compte. Dans le Pays du Mont-Blanc, les névés tardifs de fin de printemps effacent les balisages et les cairns sur les secteurs exposés au nord. Dans les massifs des Aravis et des Bornes, un brouillard peut descendre en trente minutes et rendre un terrain familier méconnaissable. Des randonnées comme Mont Baret et le Col des Contrebandiers ou Les 3 Bornes traversent des zones ouvertes et peu balisées où l'orientation naturelle est difficile sans repères visuels clairs.
Dans ces situations, même une compétence basique à la boussole (orienter la carte et suivre un azimut simple) peut éviter un demi-tour d'une heure ou une nuit non prévue sur le terrain.
La boussole et la carte ne se remplacent pas l'une l'autre : elles se complètent. Ni l'une ni l'autre ne nécessite de réseau, de batterie ou d'abonnement. S'entraîner chez soi pendant une heure avec une carte IGN 25 000? et une boussole à plaquette suffit à maîtriser les bases. C'est le minimum pour quiconque pratique la randonnée en Haute-Savoie sérieusement.