En montagne, le chamois se fait souvent voir de loin : une silhouette légère filant sur une crête, un bond sec entre deux rochers. Mais le croiser de près reste rare. Apprendre à lire ses traces, c'est une autre façon d'entrer dans son territoire sans l'attendre. Sur les sentiers de randonnée en Haute-Savoie, ces indices sont partout pour qui sait les chercher.
L'empreinte des sabots
Le chamois est un ongulé à deux doigts. Chaque sabot forme une pince allongée, d'environ 4 à 5 centimètres de longueur, avec un bord extérieur dur et un coussinet intérieur souple qui lui permet d'adhérer sur le rocher. L'empreinte laissée sur un sol meuble montre deux fentes parallèles, légèrement divergentes à l'avant. Elle ressemble à celle du chevreuil, mais plus allongée et moins en forme de cœur. Celle du bouquetin est sensiblement plus grande et plus large. Ces différences sont visibles à l'œil nu sur un sol meuble. Sur terrain humide ou enneigé, la foulée du chamois révèle aussi son allure : les pas sont courts et réguliers sur le plat, plus étirés en descente quand l'animal accélère. Une piste de fuite dans la neige fraîche peut indiquer une frayeur récente.
Les autres laissées

Les crottes constituent un autre indice fiable. Le chamois produit de petits cylindres noirs ou brun foncé, d'environ un centimètre de long, regroupés en amas lâches. On les trouve souvent sur des replats, près de rochers ou en lisière de forêt. Contrairement aux crottes du lièvre, plus rondes et plus claires, celles du chamois sont compactes et regroupées en petits tas bien distincts. Il marque aussi son passage par des frottis : les glandes situées derrière les cornes, actives surtout pendant le rut en novembre et décembre, laissent une sécrétion brune sur les arbustes ou les rochers. Enfin, les grattages dans la neige ou la terre meuble trahissent sa recherche de nourriture : il retourne le sol avec ses sabots pour atteindre herbes ou racines sous la couverture neigeuse.
Les coulées : les chemins du chamois
Le chamois est un animal d'habitude. Il emprunte souvent les mêmes couloirs de montée et de descente, créant progressivement des coulées bien visibles dans la pente. Ces sentiers naturels ressemblent à de petits chemins, larges d'une quinzaine de centimètres, légèrement creusés dans la végétation. Ils suivent généralement les courbes de niveau et s'appuient sur des lignes naturelles : rebords rocheux, lisières d'aulnaies ou de rhododendrons. On les distingue des sentiers humains à leur étroitesse et à leur régularité sur des pentes qui seraient impraticables pour nous. Quand tu tombes sur un tel sentier, suis-le des yeux vers le haut : tu trouveras souvent l'éperon ou la vire que le troupeau emprunte chaque jour. Une bonne paire de jumelles permet parfois d'observer les animaux eux-mêmes sur ces passages réguliers.
Selon les saisons, des traces plus ou moins lisibles
La neige est le meilleur traceur. Après une chute fraîche, les empreintes apparaissent nettes pendant quelques heures avant que le soleil et le vent ne les estompent. Au printemps, le sol détrempé garde bien les traces, et le chamois laisse aussi des poils sur les fils de clôture ou dans les grillages : la mue commence à cette période. En été, les terrains secs et durs rendent les empreintes plus difficiles à lire, mais les coulées restent bien visibles dans les alpages. C'est aussi en été que les troupeaux fréquentent les zones les plus hautes, au-dessus des alpages boisés. L'automne est la période la plus riche en indices : le rut (en novembre et décembre pour le chamois, contrairement au cerf dont le brame a lieu en septembre) entraîne des déplacements importants, des frottis intensifs sur les arbustes et une activité marquée sur des secteurs habituellement peu fréquentés.
Où chercher en Haute-Savoie
Le chamois est présent dans presque tous les massifs de Haute-Savoie, dès 800 mètres d'altitude. Les versants rocheux et les zones d'alpage sont ses terrains de prédilection, à condition de trouver des pentes assez abruptes pour chercher refuge en cas de danger. Dans les Aravis-Bornes, les versants orientés à l'est et au nord-est abritent des groupes réguliers. Le pays d'Annecy et des Bauges offre aussi de très bonnes conditions d'observation depuis les crêtes et les bords de falaise. Si tu prévois une sortie en altitude, la montée vers la Pointe de Nantaux depuis Montriond traverse des zones d'alpage typiques où les traces de chamois sont fréquentes en fin d'été. Dans le secteur de Samoëns, la Dent de Verreu par Vallon longe des versants escarpés où le chamois trouve facilement ses repères.
Reconnaître les traces du chamois ne demande pas d'équipement particulier, juste un peu d'attention et de temps. Baisse les yeux sur le sol meuble, observe les pentes à la jumelle, note les sentiers trop étroits pour être humains. Avec l'habitude, tu commenceras à voir le paysage autrement : non plus comme un décor, mais comme un territoire habité, traversé chaque jour par des animaux discrets.