Fin mars, début avril, l'envie revient. Les jours s'allongent, les alpages ont encore de la neige, mais les piémonts commencent à reverdir. Pour randonner en Haute-Savoie, le bon moment ne dépend pas d'un calendrier fixe : il dépend de l'altitude du sentier que tu vises. Plus tu montes, plus il faut attendre. Comprendre ça évite de se retrouver face à un névé glacé sur un sentier en principe ouvert.
Sous 1000 m : les premières sorties dès avril
Les secteurs les plus accessibles en début de saison sont les zones de basse altitude, notamment autour du lac d'Annecy et dans les Aravis et Bornes. Ces versants exposés au soleil dégèlent vite. La neige a souvent disparu avant la fin du mois d'avril, et les sentiers boisés restent praticables même après une pluie.
Deux itinéraires dans ce secteur illustrent bien ce qui est possible dès le printemps. La boucle des Maisons depuis Duingt fait 6,7 km pour 342 m de dénivelé : c'est la sortie idéale pour remettre les jambes en route, avec une altitude maximale de 759 m et une durée d'environ 1h50. Si tu veux passer une vraie demi-journée dehors, le Belvédère des Gelinottes depuis Seynod propose 13,4 km et 645 m de montée vers un belvédère à 971 m d'altitude, en difficulté moyenne. Un bon objectif pour fin avril ou début mai.
D'autres zones ouvrent tôt : les piémonts du Faucigny, les contreforts des Aravis versant Annecy, et les sentiers en forêt qui drainent rapidement après la fonte.
De 1000 à 1500 m : compter sur mai et juin

À cette altitude, tout dépend de l'hiver précédent. Une saison enneigée peut repousser l'ouverture jusqu'à la mi-juin. Une saison sèche permet parfois de marcher fin mai sur des sentiers déjà bien ressuyés.
Le massif des Aravis et Bornes et le secteur Annecy-Bauges offrent de nombreux itinéraires dans cette tranche d'altitude. Les hêtraies et les alpages inférieurs sont en général praticables plusieurs semaines avant les crêtes sommitales. C'est souvent la meilleure période pour explorer des vallées moins fréquentées : les sentiers ne sont pas encore envahis, les fleurs d'alpage sont là, et les températures restent agréables.
Au-dessus de 1500 m : attendre juillet
Les grandes randonnées d'altitude ne se font pas avant juillet, parfois fin juin si la saison est favorable. Les névés persistants en versant nord, les sentiers détrempés par la fonte et les pierriers encore instables rendent ces itinéraires risqués plus tôt dans l'année.
Même par beau temps, une rando en haute montagne au mois de mai demande une expérience solide en progression sur neige et un équipement adapté. Ce n'est pas le bon contexte pour reprendre après une longue pause hivernale. Garde ces objectifs pour l'été, quand les conditions sont stables.
Les pièges classiques du printemps en montagne
Le printemps en montagne a ses traîtrises. Voici celles que tu vas le plus souvent rencontrer :
- Les névés en versant nord : glacés le matin, ils deviennent glissants et mous l'après-midi. Sans crampons légers ou bâtons, une chute est vite arrivée sur un passage pentu.
- La boue : après la fonte des neiges, les sentiers sur terre grasse sont instables et se dégradent vite. Évite les zones humides ou adapte ton équipement.
- Les torrents gonflés : des passages à gué anodins en été peuvent devenir infranchissables en mai. Vérifie l'itinéraire avant de partir.
- Les orages de fin d'après-midi : en altitude, ils se forment rapidement en saison de transition. Pars tôt et redescends avant que le ciel se charge.
Par où commencer concrètement
Pour une première sortie de la saison sans mauvaise surprise, quelques repères simples :
- Pars sur des sentiers boisés entre 400 et 900 m. Les zones proches du lac d'Annecy et des premières collines s'ouvrent dès la mi-avril.
- Choisis des boucles en forêt plutôt que des crêtes exposées au vent. Le sol y est plus stable et les conditions plus prévisibles.
- Vérifie les conditions locales avant de partir : les offices du tourisme et les gardiens de refuge communiquent sur l'état des sentiers, surtout après une période de gel ou de fonte rapide.
- Commence par des sorties courtes, une heure ou deux. C'est suffisant pour remettre les jambes en route et tester le matériel après l'hiver.
La saison de rando en Haute-Savoie ne démarre pas le même jour pour tout le monde. Elle démarre quand l'altitude de l'itinéraire et les conditions du moment s'alignent. Si tu pars vers les lacs et les collines, avril est déjà là. Si tu vises un col ou un sommet, attends un peu : les montagnes ne disparaissent pas, et une rando dans de bonnes conditions vaut mieux que deux annulées en chemin.