La randonnée en France ne s'est pas organisée toute seule. Derrière les milliers de kilomètres de sentiers balisés qui sillonnent les montagnes et les campagnes, il y a une institution discrète mais fondamentale : la Fédération Française de la Randonnée Pédestre. Née en 1947 sous un autre nom, la FFRP a construit patiemment le réseau que tu empruntes peut-être sans y penser, avec ses marques bicolores sur les rochers et ses petits guides glissés dans le sac. Retour sur une histoire qui a changé la façon de randonner en Haute-Savoie et partout en France.
Des origines à l'après-guerre
En 1947, quelques passionnés fondent le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée. La France sort de la Seconde Guerre mondiale et cherche à renouer avec son territoire. L'idée est ambitieuse : créer des sentiers traversant le pays d'un bout à l'autre, reliant les massifs, les vallées, les villages. L'objectif n'est pas de tracer des pistes réservées aux sportifs confirmés, mais des chemins ouverts à toutes et tous, en suivant souvent d'anciens itinéraires de transhumance, de commerce ou de pèlerinage.
Les premiers sentiers balisés voient le jour dès les années 1950. Le maillage progresse lentement, porté par des bénévoles convaincus que la marche à pied doit rester accessible. L'idée de départ n'a pas changé depuis.
De Comité à Fédération

Au fil des décennies, l'organisation se structure. En 1978, le Comité devient officiellement la Fédération Française de la Randonnée Pédestre. Le changement de nom reflète une réalité : le réseau couvre désormais l'ensemble du territoire, les associations locales se multiplient, les bénévoles se comptent par dizaines de milliers. La FFRP est reconnue par le Ministère des Sports comme la fédération délégataire pour la randonnée pédestre en France, ce qui lui confère des responsabilités précises.
Elle homologue les itinéraires, forme les baliseurs, publie les topo-guides et représente la randonnée auprès des pouvoirs publics. Une organisation en apparence technique, mais dont l'impact sur le terrain est concret chaque fois que tu passes devant une marque fraîchement repeinte sur un rocher.
Le balisage, un langage partagé
Ce qui rend le réseau lisible, c'est son système de marquage. La FFRP a codifié des marques peintes directement sur les rochers, les arbres et les poteaux en bois. Trois niveaux coexistent.
- Les GR (Grandes Randonnées) portent deux traits horizontaux superposés : blanc au-dessus, rouge en dessous. Ils tracent des itinéraires de longue distance, parfois sur plusieurs jours de marche. Certains relient des massifs entiers ou traversent plusieurs pays.
- Les GRP (Grandes Randonnées de Pays) se signalent par un trait rouge au-dessus d'un jaune. Ils forment des boucles autour d'un massif ou d'un pays, conçus pour explorer un territoire en profondeur sur plusieurs étapes.
- Les PR (Promenades et Randonnées) portent un simple trait jaune. Ce sont les randonnées d'une journée ou d'une demi-journée : les plus nombreuses et les plus accessibles du réseau.
Ce système te permet de savoir immédiatement quel type de sentier tu suis, sans vérifier la carte à chaque bifurcation. Une marque effacée ou un cairn renversé, et tu cherches la prochaine balise, toujours dans la même couleur.
Les topo-guides, une collection devenue référence
La FFRP est aussi un éditeur. Depuis les années 1950, elle publie des topo-guides : des livrets qui décrivent les itinéraires avec profils d'altitude, extraits de cartes IGN, temps de marche estimés, points d'eau et hébergements. Les premiers numéros étaient de modestes fascicules. La collection compte aujourd'hui des centaines de titres couvrant l'ensemble du territoire national.
Ces guides ont transformé la randonnée. Avant eux, il fallait un accompagnateur local, des cartes difficiles à déchiffrer pour un non-initié, ou une bonne connaissance préalable du terrain. Avec un topo-guide en poche, n'importe qui pouvait partir en autonomie sur un GR pour la première fois. C'est cette accessibilité qui a contribué à l'essor considérable de la randonnée en France dans les décennies suivantes.
La FFRP en Haute-Savoie
En Haute-Savoie, le travail de la FFRP et de ses associations affiliées est visible partout. Le département est traversé par plusieurs GR qui relient les vallées alpines et les sommets, et les PR couvrent des dizaines d'itinéraires d'une journée dans chaque massif. La Vallée du Giffre, le Chablais et les Aravis-Bornes bénéficient tous d'un réseau dense, entretenu régulièrement par des baliseurs bénévoles qui reprennent leurs pinceaux chaque printemps avant la saison.
Des randonnées comme le Môle par Saint-Jeoire ou la boucle du Reray s'appuient sur ce réseau homologué. Si tu passes par Saint-Jeoire ou Samoëns, les offices de tourisme locaux distribuent souvent les topo-guides régionaux pour compléter les fiches que tu trouveras ici.
Des dizaines de milliers de bénévoles entretiennent ce réseau à travers toute la France. Croiser un baliseur au travail sur un sentier, c'est tomber sur quelqu'un qui donne de son temps pour que ta prochaine sortie se passe bien. La FFRP, au fond, c'est ça : une organisation humaine, portée par des passionnés de marche.