Chaque été, les caméras du Tour de France passent en trombe sur les alpages du col de Joux-Plane. Les flancs sont couverts de spectateurs, le col est bouclé à la circulation, et l'image du randonneur qui pique-nique sur l'herbe rase à 1 712 m d'altitude ne fait pas la une des journaux sportifs. Et pourtant. Joux-Plane n'appartient pas qu'aux cyclistes. Ses alpages s'ouvrent à qui se lève le matin avec des chaussures de rando et l'envie de prendre le temps. Envie de randonner en Haute-Savoie loin de l'agitation des stations ? Ce col te fait signe.
Un col suspendu entre deux mondes
Le col de Joux-Plane (1 712 m) marque une frontière naturelle entre deux univers bien distincts. Côté ouest, on descend vers Morzine et le Chablais, ses pâturages larges et ses chalets épars. Côté est, la route plonge vers Samoëns et la vallée du Giffre, plus resserrée, encadrée par des parois rocheuses qui ferment l'horizon jusqu'aux crêtes.
En haut, l'ambiance change selon l'heure. Tôt le matin, avant l'arrivée des cyclosportifs, le col appartient aux marmottes, aux vaches et aux quelques randonneurs qui ont fait l'effort de se lever tôt. La lumière rasante colore les alpages d'un vert presque irréel et le silence n'est coupé que par le bruit des cloches au loin. C'est une autre montagne.
La route entre Morzine et Taninges passe par ce col, ce qui en fait un point d'accès facile en voiture. Un parking se trouve à hauteur du col, et c'est là que commencent plusieurs itinéraires pédestres.
Les alpages au fil des sentiers
Ce qui frappe, une fois qu'on laisse la route derrière soi, c'est l'espace. Les alpages de Joux-Plane sont vastes, dégagés, avec des vues directes sur les massifs environnants. Depuis les crêtes au-dessus du col, on aperçoit le lac Léman par temps clair et le massif du Mont-Blanc vers l'est. Ce sont des panoramas rares : en Haute-Savoie, les forêts denses monopolisent souvent le premier plan et cachent les horizons.
Les chemins sont bien entretenus et balisés, adaptés à une pratique familiale sur les sections basses. Au-delà, le terrain monte franchement et demande un minimum de préparation. Les bovins sont présents sur les alpages de juillet à septembre, signe que ces pâturages sont encore vivants et exploités. On croise régulièrement des troupeaux, parfois accompagnés de chiens de protection : rester calme, contourner, ne jamais s'interposer entre le chien et le troupeau.
Deux itinéraires à connaître
Le premier incontournable au départ du col, c'est la boucle par la Bourgeoise, Angolon et Nyon. Cette randonnée de 8,88 km pour 563 m de dénivelé positif monte jusqu'à la Pointe d'Angolon à 2 090 m. Le parcours passe par La Bourgeoise (1 771 m), la Pointe de Chamossière (1 889 m) et Le Collu (2 066 m) avant de revenir via le col de Joux-Plane (1 712 m). Durée estimée : 2h40, difficulté moyenne. Un bon compromis pour qui veut profiter d'un panorama exceptionnel sans s'engager sur un terrain trop technique.
Pour ceux qui partent de Morzine et veulent un défi plus costaud, la Pointe de Ressachaux (2 166 m) est une option sérieuse. La randonnée en boucle (10,35 km, 1 172 m de dénivelé, 4h) part du bas de la route de Joux-Plane, avenue de Joux Plane à Morzine. C'est une sortie classée difficile, réservée aux marcheurs en bonne forme physique. Le panorama au sommet récompense amplement l'effort consenti.
À table sur l'alpage
Il n'y a pas de refuge au sens alpin strict en haut du col, mais un chalet d'alpage ouvre ses portes en saison (généralement de juin à septembre). On y trouve du fromage produit sur place, parfois de la charcuterie locale, et de quoi s'asseoir avec vue. Le menu dépend de ce que l'alpage produit ce jour-là. C'est le genre d'endroit où on ne va pas pour une carte élaborée, mais pour la simplicité et la vue dégagée.
Côté eau, il n'y a pas de point d'eau fiable sur les sentiers au-dessus du col. Il faut prévoir un minimum de 1,5 L par personne, davantage si tu pars sur une longue sortie estivale par beau temps.
Pratique : comment rejoindre le col
- Depuis Morzine : la route montant au col est ouverte en été (généralement de juin à octobre selon l'enneigement). Elle est étroite et sinueuse, avec priorité aux véhicules qui montent dans certaines sections. Compter environ 25 minutes de route depuis le centre du village.
- Depuis Taninges : on accède au col par la route côté Giffre en passant par Samoëns. Taninges est bien connectée à la vallée depuis Cluses et constitue un point de départ pratique pour organiser une boucle voiture.
- Stationnement : un parking gratuit est disponible directement au col, à une courte marche des premières balises.
Attention aux jours de course cycliste (Tour de France, Critérium du Dauphiné, sportives locales) : la route est fermée à la circulation et l'accès voiture est impossible. Vérifier le calendrier avant de planifier une sortie rando à ces dates.
Quand partir à Joux-Plane
L'alpage est praticable de juin à octobre. Juillet et août sont les mois les plus fréquentés, mais aussi les plus beaux pour la flore alpine. En septembre, les troupeaux redescendent progressivement et les couleurs automnales commencent à colorer les herbes sèches. C'est souvent la meilleure période pour randonner ici : moins de monde, lumière dorée, les orages d'après-midi sont moins systématiques qu'en juillet.
Joux-Plane reste un col de haute montagne. La météo peut basculer rapidement, même en été. Prévoir toujours une couche chaude supplémentaire, un coupe-vent et vérifier les prévisions avant le départ. Les nuages s'accumulent souvent en début d'après-midi : partir tôt est la règle de base.
Si tu cherches d'autres terrains d'exploration dans ce coin de Haute-Savoie, la vallée du Giffre réserve de nombreuses surprises hors des circuits habituels. Ce col n'en est qu'une porte d'entrée parmi d'autres.