Culture & patrimoine

Les anciens chemins muletiers du Faucigny

Ces chemins pavés servaient au transport des marchandises. Beaucoup sont devenus des sentiers de rando.

Les anciens chemins muletiers du Faucigny

Avant les routes goudronnées, avant même les chemins carrossables, c'est à dos de mulet que les marchandises circulaient en Faucigny. Ces voies pavées, tracées parfois sur des déclivités impressionnantes, formaient un réseau commercial vital entre les villages de montagne et les fonds de vallée. Beaucoup de ces chemins existent encore. Tu les foules peut-être sans le savoir, sur un sentier de randonnée qui ressemble à tous les autres, sauf que les pierres sont trop régulières, trop bien posées, pour être naturelles.

Le Faucigny, carrefour de routes alpines

Le Faucigny est un pays historique dont Bonneville constitue le coeur administratif. Il s'étend entre la vallée de l'Arve au sud et les contreforts du Chablais au nord, englobant les bassins du Giffre et du Borne. Cette position en fait un carrefour naturel entre le Dauphiné, la Savoie et le pays genevois. Les marchands, les soldats, les pèlerins : tous devaient traverser ce territoire, et les mulets étaient leurs compagnons de route indispensables. Le réseau de voies muletières couvrait l'ensemble du pays, des hameaux les plus reculés jusqu'aux marchés de fond de vallée. C'est par ces chemins que le Faucigny était connecté au reste du monde alpin.

Ce que portaient les mulets

Les anciens chemins muletiers du Faucigny

Le sel était au premier rang des marchandises transportées. Ressource indispensable à la conservation des aliments, il arrivait depuis les salines de Genève ou de Salins-les-Bains via des axes bien définis. Les muletiers, parfois appelés arriériers en Savoie, organisaient des convois de plusieurs bêtes, chacune chargée d'une soixantaine de kilos.

Mais le sel n'était pas seul. On acheminait aussi :

Le mulet, animal robuste et peu capricieux, supportait mieux que le cheval les terrains irréguliers et les fortes pentes. Sur certains tronçons, la charge était confiée à des ânes ou portée à dos d'homme. Le métier de muletier constituait une activité économique importante pour de nombreuses familles du Faucigny, qui en faisaient leur principale source de revenu plusieurs mois par an.

Comment reconnaître un chemin muletier

Sur le terrain, plusieurs indices trahissent une ancienne voie muletière.

Le pavage. Les grosses pierres plates posées à plat, jointives ou légèrement espacées, sont la marque la plus évidente. La largeur est généralement de 1,20 à 1,80 m, juste assez pour laisser passer un mulet chargé.

La constance du tracé. Un chemin muletier monte en lacets réguliers, jamais trop raide (au-delà de 15 à 18 % de pente, les bêtes peinent). Les virages sont larges, calculés pour qu'une bête chargée puisse tourner sans perdre l'équilibre. Quand tu vois un chemin qui zigzague de façon régulière et mesurée sur un flanc de montagne, la question vaut d'être posée.

Les bornes et les abreuvoirs. Ponctuant la route tous les quelques kilomètres, des bornes indiquaient les directions et marquaient les limites de juridiction. Des auges taillées dans la pierre, encore visibles parfois, permettaient aux bêtes de se désaltérer à mi-parcours.

Les traces d'usure. Des siècles de sabots ont creusé les pierres. Sur certains tronçons conservés, les gorges laissées par le frottement des fers à mulet sont encore visibles, parallèles et régulières, témoins silencieux de milliers de passages.

Des chemins muletiers devenus sentiers de randonnée

Un grand nombre de ces anciennes voies ont été absorbées par le réseau de sentiers balisés actuel. En Faucigny, plusieurs itinéraires empruntent tout ou partie d'un ancien chemin muletier.

La montée vers la chapelle de Jacquicourt depuis les Lanches, au-dessus du secteur de Mieussy, suit par endroits les tracés d'une voie ancienne qui reliait les hameaux perchés à la vallée. Les pavés affleurent encore sur quelques tronçons, bien visibles quand la végétation ne les recouvre pas trop.

Le secteur du Môle, entre Saint-Jeoire et Marignier, est particulièrement riche en vestiges. Ce massif isolé, visible depuis toute la plaine du Faucigny, était traversé par des chemins reliant les villages du Haut-Faucigny aux marchés du bas. Le sentier qui monte depuis Saint-Jeoire reprend pour partie ces tracés anciens, avec des portions pavées que l'on distingue encore sous la végétation. Une belle façon de randonnée avec un double regard : le paysage et l'histoire sous les pieds.

Préservation et mémoire

Ces chemins sont fragiles. L'agriculture mécanique, l'urbanisation et parfois les travaux forestiers les font disparaître. Certains tronçons sont recensés dans les inventaires patrimoniaux départementaux, mais sans protection réelle. Dans le secteur des Aravis et des Bornes, des bénévoles travaillent à leur recensement et à leur entretien, documentant les tronçons encore en état avant qu'ils ne disparaissent.

La bonne nouvelle : là où ils ont été intégrés au réseau de randonnée, ces chemins sont entretenus et fréquentés. C'est la meilleure façon de les garder en vie. Les randonner, c'est aussi les protéger.

Le Faucigny a été traversé de fond en comble par des générations de muletiers. Leurs chemins ont façonné le paysage, creusé les flancs de montagne, relié des communautés qui sans eux auraient vécu dans l'isolement. Aujourd'hui, ces voies t'attendent sous la forme de sentiers. Regarde le sol quand tu marches : les vieilles pierres ont encore des choses à raconter. Pour découvrir d'autres itinéraires dans les Préalpes savoyardes, explore les sentiers de Haute-Savoie.