Saisons en montagne

Randonner en canicule : adapter horaire et altitude

Quand il fait 38°C en vallée, partez tôt (5h30-6h30) et montez haut : à 2000 m il fait dix degrés de moins. Conseils hydratation et itinéraires ombragés.

Randonner en canicule : adapter horaire et altitude

Juillet et août amènent parfois des vagues de chaleur qui rendent la randonnée en fond de vallée inconfortable, voire risquée. Mais randonner en Haute-Savoie reste tout à fait possible même quand le thermomètre dépasse les 35°C au bord du lac. Il faut juste adapter deux paramètres : l'heure à laquelle tu pars et l'altitude à laquelle tu vas. Ce n'est pas une question de volonté, c'est une question d'organisation.

Partir tôt, vraiment tôt

En canicule, la chaleur devient sérieuse à partir de 10h ou 11h du matin. Le soleil frappe de face sur les flancs exposés au sud, les cailloux emmagasinent la chaleur, et le manque de vent aggrave tout. L'objectif est donc de finir la montée, ou au moins la partie la plus exposée, avant cette fenêtre.

Concrètement, ça veut dire un départ entre 5h30 et 6h30. En juillet, le soleil est déjà levé à 5h30, il fait jour bien avant, et le temps jusqu'au col ou au sommet peut dépasser deux heures. Si tu comptes partir à 8h, tu arrives au point chaud du circuit au pire moment.

La descente en début d'après-midi peut rester acceptable si l'itinéraire passe en forêt ou si l'altitude maintient une brise. Mais sur un flanc pierreux plein sud, une descente à 14h en canicule est épuisante et, dans certains cas, dangereuse.

Monter pour trouver la fraîcheur

Randonner en canicule : adapter horaire et altitude

La règle de base : environ 0,6°C de moins tous les 100 mètres de dénivelé. Sur une journée de canicule à 38°C en fond de vallée, l'altitude seule apporte une dizaine de degrés de moins à 2000 mètres. Ajoute une brise quasi permanente à ces hauteurs, et la différence de ressenti est radicale par rapport au bas.

Le pays du Mont-Blanc offre des itinéraires qui montent vite à des altitudes où la chaleur devient secondaire. Ce n'est pas un hasard si les alpages restent verts et les névés présents bien après les premières chaleurs. Dans le secteur d'Annecy et des Bauges, les versants nord au-dessus du lac gardent également une fraîcheur appréciable tôt le matin.

Attention cependant : monter haut n'annule pas le risque si tu pars trop tard. La combinaison départ tardif et forte montée soleil de face reste éprouvante même à 1800 mètres.

Les itinéraires à privilégier en canicule

Quelques critères pour choisir un circuit adapté à une journée chaude :

Le lac de la Vogealle par le Crêt répond à plusieurs de ces critères : la première moitié du parcours passe sous couvert forestier dense, le lac offre une halte fraîche en altitude, et l'exposition limiterait les effets de la chaleur même en pleine journée. Le tour du lac de Montriond depuis Ardent suit un cheminement en partie ombragé, avec l'eau du lac à portée constante tout au long du circuit. Deux secteurs différents, deux ambiances distinctes, la même logique de fraîcheur.

Hydratation : plus que tu ne crois

En conditions normales, on conseille environ 0,5 litre par heure d'effort. En canicule, avec la transpiration supplémentaire, ce chiffre monte facilement à 0,7 ou 0,8 litre. Pour une sortie de cinq heures, c'est entre 3,5 et 4 litres. La plupart des gens partent avec deux litres et regrettent de ne pas en avoir emporté davantage.

Si l'itinéraire longe des torrents avec une eau de qualité, une gourde filtrante ou des pastilles de purification permettent de recharger en chemin. Mais ne compte pas dessus si tu ne connais pas la source. En forêt dense, l'eau est souvent présente. Sur un plateau aride ou un éboulis calcaire, le filet d'eau indiqué sur la carte peut avoir séché depuis longtemps en plein mois de juillet.

La nourriture compte aussi : les sels minéraux perdus avec la sueur doivent être compensés. Un peu de salé, des fruits secs, une barre céréalière. Pas que des sucres rapides.

Reconnaître les signes qui imposent le demi-tour

Le coup de chaleur se met en place progressivement. Les premiers signes sont souvent discrets : maux de tête, légères nausées, sensation de fatigue disproportionnée par rapport à l'effort. Beaucoup de randonneurs font l'erreur de continuer en pensant que ça va passer.

Si tu ressens deux ou trois de ces signaux à la fois, le demi-tour s'impose sans discussion. Cherche de l'ombre immédiatement, mouille la nuque et les poignets, et bois de petites gorgées régulières. La montagne ne part pas : une randonnée abandonnée peut être refaite dans de meilleures conditions. Une insolation sévère en zone isolée, c'est une tout autre histoire.

Préviens quelqu'un avant de partir. En canicule comme dans toutes les conditions difficiles, un contact qui sait où tu es et à quelle heure tu dois rentrer est ta première ligne de sécurité.

La canicule n'interdit pas la montagne. Elle t'oblige à être plus organisé, plus attentif à ton corps, et plus honnête sur tes limites du jour. C'est exactement l'état d'esprit qu'elle contribue à développer : celui qui fait qu'on rentre à la maison fatigué mais heureux, pas évacué par le PGHM.