Si tu prépares une randonnée en Haute-Savoie, tu as sûrement croisé cette formule : compter une heure pour chaque tranche de 300 mètres de dénivelé positif. Pratique, simple, rapide à calculer. Mais est-elle vraiment fiable ? La réponse courte : pas toujours. La réponse longue, c'est ce qu'on développe ici, pour que tu arrives à l'heure au refuge et que tu redescendes avant la nuit sur les sentiers de Haute-Savoie.
D'où vient cette règle ?
La règle des 300 m/h est une simplification courante dans la randonnée francophone. Elle dérive d'une formule plus ancienne, la règle de Naismith, mise au point en 1892 par un alpiniste écossais. Naismith estimait qu'un randonneur moyen parcourt 5 kilomètres à l'heure sur terrain plat, et monte 600 mètres de dénivelé supplémentaires à l'heure. La version à 300 m est plus conservative : elle intègre implicitement un terrain moins régulier, une pause, un randonneur moyen plutôt qu'un alpiniste entraîné.
En Suisse, les fédérations de randonnée utilisent une formule légèrement différente : on compte une heure pour 4 km de distance horizontale, plus une heure pour 400 m de dénivelé. Aucune de ces formules n'est universelle. Elles donnent un ordre de grandeur, pas une promesse.
Ce que la règle dit vraiment

Concrètement, si une rando monte de 900 m de dénivelé positif, la règle te donne 3 heures de montée. Ajoute le temps de marche à plat (en général 4 à 5 km/h pour un randonneur ordinaire), le temps de descente (souvent sous-estimé) et les pauses. La descente, selon le dénivelé et le terrain, prend en général 60 à 75 % du temps de montée.
Le résultat est une estimation de départ, pas un chrono garanti. Elle suppose un randonneur en bonne condition physique, un sentier balisé et dégagé, et un terrain pas trop technique. Ces conditions sont rarement toutes réunies en même temps dans les massifs de Haute-Savoie.
Quand la règle ne tient pas
Plusieurs facteurs font dévier la réalité de l'estimation :
- Le terrain : sur un sentier herbeux bien tracé, la règle tient à peu près. Sur des éboulis, des dalles ou un couloir pierreux, tu tombes facilement à 150 m/h ou moins. Les randonnées vers des sommets exposés demandent souvent le double du temps prévu.
- La charge : un sac de 6 kg et un sac de 18 kg ne donnent pas le même résultat. À partir d'une dizaine de kilos, compte 20 à 30 % de temps en plus.
- La chaleur : en plein été, la fatigue s'accumule plus vite. Une montée en plein soleil sur un versant sud ralentit même les marcheurs habitués.
- L'altitude : au-dessus de 2 000 m, la raréfaction de l'air se fait sentir si tu n'es pas acclimaté. La règle des 300 m/h est calibrée pour des altitudes raisonnables : elle se déforme en haute altitude.
- La forme du jour : une nuit courte, un début de rhume ou une longue semaine de travail changent tout.
Comment ajuster selon ton profil
Voici une grille simple pour calibrer ta propre règle :
- Randonneur débutant : plutôt 200 à 250 m/h en dénivelé. Prévois large, surtout si le sentier comporte des passages techniques.
- Randonneur régulier : 300 m/h correspond souvent bien si le terrain est correct. C'est le profil visé par la règle.
- Marcheur entraîné, habitué à la montagne : tu peux monter à 400, voire 450 m/h sur un bon sentier. Utilise la règle des 300 m comme plancher, pas comme plafond.
Une bonne façon de calibrer : note tes temps réels sur quelques randonnées que tu connais, compare-les à l'estimation théorique, et tu trouveras ton coefficient personnel. Beaucoup de randonneuses et randonneurs réguliers arrivent à 1,1 ou 1,2 fois l'estimation Naismith sur terrain varié.
En pratique, comment calculer ton temps ?
Avant de partir, prends ton topo et note trois éléments : le dénivelé positif total, la distance horizontale, et le type de terrain (sentier balisé, hors-sentier, rocher). Calcule une durée brute avec la règle des 300 m/h pour le dénivelé, plus 1 heure pour chaque 4 à 5 km de plat. Ajoute 15 à 20 % pour les pauses et les imprévus. Complète avec des retours d'autres randonneurs sur des itinéraires comparables.
Par exemple, une sortie comme La Tournette depuis Montmin, qui accumule un dénivelé conséquent sur terrain parfois exposé dans le massif des Aravis-Bornes, mérite d'être planifiée avec une marge confortable. De même pour des itinéraires vers les crêtes du Pays du Mont-Blanc, où l'altitude et le relief compliquent toute estimation.
Si tu veux valider ta vitesse sur un terrain bien connu, la Pointe de Nantaux, accessible depuis le secteur de Mieussy, offre un bon terrain de test : dénivelé soutenu, sentier bien tracé, et un sommet à 2 170 m qui permet de mesurer l'effet de l'altitude sur ton rythme.
La règle des 300 m de dénivelé par heure est utile parce qu'elle est simple. Mais en montagne, la simplicité a ses limites. Utilise-la comme point de départ, ajuste avec le terrain, ta forme et les conditions météo du jour, et ne coupe jamais trop court sur les marges de sécurité. Mieux vaut arriver au refuge avec une heure d'avance que perdre le sentier à la nuit tombante.