Tu marches depuis deux heures, la gourde est presque vide, et un filet d'eau claire surgit entre deux rochers. L'impulsion est naturelle : s'agenouiller et boire. Mais sur les sentiers de Haute-Savoie, la pureté visuelle d'une source ne dit rien de sa potabilité. Voici comment évaluer la situation avant de décider.
L'idée reçue : eau de montagne égale eau pure
L'eau qui s'écoule d'un alpage paraît toujours limpide et froide. Pourtant, sa qualité dépend de ce qui se passe en amont, souvent invisible depuis le point de captage. Des troupeaux de vaches, de moutons ou des colonies de marmottes peuvent contaminer un ruisseau ou une source bien avant que l'eau ne ressorte à ton niveau.
Le parasite le plus courant est la Giardia lamblia, un protozoaire résistant au chlore et invisible à l'oeil nu. Une fois ingéré, il provoque la giardiose : crampes, diarrhées, déshydratation. Un risque réel, même en plein été, même à 2000 mètres d'altitude.
Les facteurs de risque à repérer sur le terrain

Avant de boire, regarde autour de toi et évalue ce qui se passe en amont :
- Présence d'un alpage habité : si des vaches ou des moutons paissent à proximité, le risque de contamination est élevé. Les déjections animales s'infiltrent dans le sol et rejoignent les nappes souterraines.
- Faune sauvage dense : marmottes, chamois et bouquetins fréquentent les points d'eau. Leurs déjections contaminent aussi les sources, même en altitude.
- Eau stagnante ou à faible débit : plus l'eau circule vite depuis sa sortie rocheuse, moins elle a eu de temps pour se charger. Les flaques et les petits lacs de fonte sont plus risqués qu'un jet franc sorti d'une fissure.
- Altitude sous 2000 mètres : plus on descend, plus l'activité humaine et animale est dense. Les sources de basse montagne sont généralement moins sûres que celles au-dessus des zones de pâturage.
Les signes d'une source potentiellement fiable
Certains indices sont rassurants :
- L'eau sort directement d'un rocher ou d'une fissure rocheuse, sans contact visible avec de la terre ou de la végétation dense.
- La source est clairement en tête de bassin versant, au-dessus de tout alpage connu.
- L'eau est très froide, signe qu'elle provient profondément du manteau neigeux ou d'une nappe.
- Aucune odeur, aucune pellicule en surface, aucune coloration.
Attention toutefois : aucun de ces critères ne garantit l'absence de contamination biologique. Ils réduisent le risque, ils ne l'éliminent pas.
Se purifier l'eau en randonnée : les trois méthodes
Si tu randonnes régulièrement, l'investissement dans un système de filtration vaut vraiment la peine. Les trois options principales :
- Filtre à membrane (Sawyer, Katadyn, MSR) : compact, léger, efficace contre les bactéries et les protozoaires comme la Giardia. La plupart se fixent directement sur une bouteille. Durée de vie longue, entretien simple.
- Pastilles chimiques : dichloroisocyanurate de sodium ou iode. Efficaces contre les bactéries, moins contre certains protozoaires à kystes résistants. Attente de trente minutes minimum. Pratiques en secours ou en appoint.
- Stylo UV (SteriPen) : détruit les organismes vivants par radiation ultraviolette. Rapide, sans goût chimique. Nécessite des piles et une eau pas trop trouble.
Pour les randos en massif des Aravis comme pour les longues sorties en vallée de l'Arve, un filtre léger dans le sac peut faire la différence entre une étape confortable et une mauvaise surprise.
Repères pratiques pour la Haute-Savoie
Notre région compte de nombreuses zones de pâturage d'altitude. Autour de Thônes et dans le massif des Aravis, les alpages montent haut et les troupeaux sont présents de juin à septembre, exactement en même temps que les randonneurs.
Sur des itinéraires engagés comme la Pointe de Nantaux ou la Tête de Bostan par les mines d'or, tu traverses souvent des zones d'alpage avant d'atteindre les hauteurs. Les sources rencontrées dans les premières heures de marche sont plus exposées que celles des crêtes.
À Samoëns et dans la haute vallée du Giffre, les refuges gardés servent de l'eau traitée. Profites-en pour remplir tes gourdes avant de reprendre la route.
Ce qu'il faut retenir
L'eau de montagne peut être excellente, mais elle mérite toujours une évaluation avant consommation. Regarde l'amont, évalue le contexte animal et si tu as le moindre doute, filtre ou purifie. Un filtre dans le sac pèse moins de cent grammes et peut t'éviter des jours de récupération pénibles. En montagne, ce qu'on voit n'est pas toujours ce qu'on boit.